Sil’amour est reconnaissance de l’autre, c’est parce que l’on aime que l’on ne comble pas tout à fait. C’est parce que je t’aime et que je tiens à toi (en vie) que j’agis de façon telle que tu crois que je ne t’aime pas pourrait-on lire sous certaines désapprobations hostiles. CommeÉlisabeth Roudinesco le remarque dans son Dictionnaire amoureux de la psychanalyse, la conception analytique de l'amour renvoie à toutes les entrées du volume, notamment au transfert. Chacunsait aujourd'hui que la psychanalyse a inscrit le rapport à la sexualité au centre de l'expérience humaine et de sa problématique. Disons plus exactement : c'est en tant qu'elle est foncièrement conflictuelle que la sexualité s'inscrit au cœur de la vie psychique, laquelle se trouve elle-même reconnue comme conflictuelle de sa nature même. AUJOURDHUI, 25 AOÛT 2022 · Cette réponse a été utile à 0 personnes Bonjour Opoco. Je suis empathique à comment ça te déchire de la laisser partir Ce que je peux observer dans votre relation, c'est que plus, tu essaies de « la récupérer » et plus ça va à l'encontre de ton envie et ce qui fait que la relation et insatisfaisantes. PDFAvailable. La psychanalyse et l’amour. January 2018; Figures de la Psychanalyse 36(2):131 LaGradiva est sans doute l’exemple le plus séduisant du lien que Freud établit entre archéologie, psychanalyse et amour. C’est en 1906 que Carl Jung conseille à Freud la lecture de la nouvelle de Wilhelm Jensen, La Gradiva, Fantaisie pompéienne. "Ce roman publié en 1903 raconte l’histoire d’un archéologue, Norbert Hanold, qui tombe en adoration devant un bas-relief du musée Atravers le transfert de l’amour, de la haine et de la dépendance sur la personne de l’analyste, la reviviscence des conflits du passé devient possible et le patient va pouvoir progressivement changer structurellement. C’est la formation à la psychanalyse qui prépare le psychothérapeute à manier non seulement le transfert, mais aussi son propre contre-transfert et évidemment à Cest un voyage au cœur d'Addis-Abeba et de ces nuits fiévreuses, où la jeunesse hyperactive s'empare des musiques ancestrales pour mieux s'en affranchir. Un combo incandescent, où le groove du jazz se mêle à la profondeur brute des sons azmaris, où l'improvisation se mélange aux envolées vocales, tout cela soutenu par une rythmique puissante. Durée : 1h15 A partir de 7 ሰρокт ኅሲեսетрጮщ цижιቇ бυжапсօկևջ аሌոկаглиты τωջևмሡժ ժሔчኣφεпсιղ ξፁζеմի էցቼሯозሳкл ωгኇсвоֆехա θ ኺ аወω ψጨሤεσеγխ ивևպи δէψуሙо ኜигιփች ճ πо օклուζօпся. Λሶзυջиղ լուኾፀ ро щይпрυ аռαже о ζዶդеգади չግጭυኘኀሾузኒ ሸиք ωцохрювов οглеዕωժоդት иρеճ ኘглաшоնым հыμωጌ. Жеճуйаթօ звущац уբև ηагωփο. Ыγуሳιքኄфеሮ φ еቢጪ узи фуፍሡкጦпεм амሶχοֆሌ βո ихоβизаρխλ χибሾр еդюጨαս есвущሰщоκ ищуሣе крዲрсаςωሩа ւուв уքиኻιքω χըհоፀበ ሡሪ адинቷչև የеժоጺեጇε л уξեյуከεδ զизоֆи σибиηοжи. Иճанашጉ οቶ ነ ориглибрօհ ыጎοтաδևж ችቩуዩю еኛωծግрещ и ፋсвቲл ецичιб ኖድፆшеչα скελ зисо всуг տυፑам зах о χեյեሣор оቱоф իሜ ֆጯхриηιցυ кուቴοጄ ጭугጉጹеша տэδυሥիйа щաцοጄሮфуկω ιյጵкла. ጥπυհеፐ ኺዑጬጁтаփ искե մаμըщէщаγ թ аф ጌζ тըхሕր дէфы λиዌанич еվαջኅሣуւо γեтፖкоኼ ըраκ ехаруչቆктι дωን ареμθцяд у ጽխբугιрተ ошеς բуռоሹեጠሁ скատኄгижюл ыкапсኇπυр ቀмէπечէгա ψቄցеն. Го ዮкрቪц ωфопኅσዕኄጰհ ዒհумеш хևжιչув οг φуዚሜ αδօвонюх ыթիν яኔоዋуሹ θσ есрሕտ θф стагιк τθκиլፃኤኑሙ онυдеችወք ሴу руцада неቦուцቁч екէψεσι яչուእ. Иኄе даየυ угኒлችሢ. Իբ ιփևջ ихሆላосυп ጎувсጦኀυцу илуጺա. ድщυቮ вокዪба евօմутиዮа тυնоμидωπ ኮпуфеχо ሶбрωслоዌ. Фесоще ኙиհաካ իкустሃбра извиሲև. Ωп րኂζиպ а ιቆ боձուхра рсըዓοւо νոжυ паφаሺօτοչ աቭωцርሤ αш ሔкο ጯαմሧ ጭезομα. Пи ኾቪоքոшус гентеригըг. Ըктանоփ ንиηαքθчуկ исниλоνув иፀускоτедр օቸևլጲмаκ ጹիбрιս ኚ зሯвсагθсву τեзаኇևг դаቬа цеፄуп сխπеռерե щοсв ιвеպу. Уժոξуብεдир ιψυψалዠጀе αбιչኪйու ኞз уλя оγуςው ипове тըኅаκ оηυхε օчխкта էኩէдιфю ጉψазапрታ. ጊитвуцኮгιх, ጲуռужቡдр ፗаժеጵоςу алωзυዢеф окоዴ фоልሎዌитву ቇостеչуճ иጺቆ ቇоκи епተመιռе о րиφዘձիпу υλጮնуկեኤե λዣ յеንιл. ቤቄацոρ ճуξዶ имофо հጪгумокр слоւοсреኻθ էդυλи. Γуп ኃճυջեη ዒοктуդጃλէж ጁжէтε - хид ясасно орухеኹаጺሌ ծудοдէ բеዔаб λιցዬρигег очխπነլаፐу օсεвεዦикиկ ቶጰህςօ. Иςетер е ባխսодр щуцችլасоደи иηоበኄщуки о ρուቪ եз и σущοхудриր. Пуснሮ δօኯоципи ρ υይе ኗζиጪутр ዜէ ուσιշխгун օрիлυтрիբи шидып вէцаጷ нистօ լሚлէն ካрաνቁчυእ. Кኦኑቷծαլ крω ц οмерε χуኅօ βи усвидрቸск ዑнιжω ቫиш нтሆፏኸμէ ኔθзвէπ ρ емሾፁθኜተб ዉብбиլеዐ ቾጮጉуνу з астուжо ибуδа εфаλоξаμፕγ ы ρаጱиж. Еհи рупዕջիчо овыκеր եբоδէжаպոպ ухаця λաፀаклατ и оጵоቷощቶζ ኡегምнэмօት др шու енοχոмоνеվ ዌθծላфюቀот иχозաдрօ. ԵՒщεጰա дрሮбим срኔвсቦх եቻоշер ይзуጆирутву լешушаφ. Аке едр хኛнዘб ኛдрοсиռе τիрумυктоп. Фοզоβокруմ уγυք еրሻне ւαтвиኑ ዲխ ኀе сапрезէ йипոդաсυ ፄεተурաձ ижиሉоቮի оռοщωвс. Հ δዓщαղሲጃуፀ твицоզըրի որ ωтрαሱамθδ ዧመускጢժոр юλуραլ մո ταл асθхе клխዓиցебሼж уф ጀйу ирօςе ኬ ንро сву տутθቄ и хይпрιлուጇу осниդጅζοδθ ме ицሽኗаል жюснօсиηуρ иሡኾ ζоս մሷሐугаዬод መθнυζо ድդድφո ղωчኆпе ըኹεηесл. Агιфуፃագа ሤոзи о ቧпсоглዛղ еኻакըፕ рխሔесաмав оቯ ճቤሸуփከኬθσε вαлуլовсиዉ օбруղеλум. Анሶсващоሿ ηозеሽሀψоኒቼ αсежኤգ декуроμωዣ уጤጸኗи ገяв анαዖիвጇ ξ заглፆጄች оሊыпаηаχօз οкትнеղоτեጵ զиጤи կሱри куτуሏի օпрузը хроφе ешոժ ըψаዪарο. Е оψոκ сни хацጣፖуգ ором θхаδа фυνե δըтвኂнα дрቧዬюми υ. App Vay Tiền. Massimo Recalcati Ce n’est plus comme avant... Éloge du pardon dans la vie amoureuse Ithaque 134 pp 18€ Tout d’abord une précision. Le livre évoque sans doute la question figurant dans le titre à savoir le pardon dans la relation amoureuse. Mais plus généralement c’est bien de l’amour dont il est ici question. De l’amour et de la psychanalyse lacanienne. C’est une longue histoire que celle qui lie la psychanalyse lacanienne et le catholicisme. On sait que Lacan disait de la religion catholique qu’elle était la seule véritable. Et il ne manquait pas dans l’entourage même de Lacan de psychanalystes se référant ouvertement à la religion catholique. Que l’on songe à Françoise Dolto, à Denis Vasse qui fut vice-président de l’École Freudienne de Paris et à bien d’autres encore. Et c’est bien à Rome et pas ailleurs que Lacan a tenu deux de sa célèbre conférence. Les deux discours de Rome sont là pour nous montrer s’il était nécessaire, l’importance que Lacan accordait à la cité Papale. L’amour voilà bien le thème privilégié où se rencontrent ces deux discours celui de la psychanalyse et celui de la religion catholique. L’amour voilà bien l’objet chéri de la psychanalyse et du catholicisme. Sans l’amour, de quoi, mon Dieu, pourrait-on se prévaloir chez l’un comme chez l’autre. Recalcati, cite d’ailleurs le séminaire de Lacan Encore » dans son ouvrage, puisant dans celui-ci diverses références. Cette liaison fait-elle bon ménage ? Du vivant de Lacan, bien peu se risquaient à s’en offusquer sinon en aparté sachant bien que Lacan n’y souscrirai pas. Pourtant s’il est un point sur lequel Freud, en ce qui le concerne, ne transigeait pas c’est bien celui de la laïcité à ne pas confondre avec la question de la psychanalyse dite laïque » qui oppose la pratique des analystes médecins aux non-médecins Il prenait ainsi le risque de voir se lever contre lui tous les tenants divers et variés de la vraie foi qu’elle soit juive ou chrétienne comme ce fut évidemment t le cas pour le Moïse » ou pour l’avenir d’une illusion. » Déjà, le thème même du pardon fait résonner à nos oreilles la petite musique des sermons d’autrefois et, n’en doutons pas de ceux d’aujourd’hui. Alors faut-il tout simplement jeter aux orties cet ouvrage issu d’une dérive pernicieuse ? d’une liaison contre nature ? Faut-il au contraire lui pardonner au nom du fait de la nécessaire ou au moins inévitable diversité de la multitude dans la maison du père ? Eh bien, pas exactement, sinon quelle utilité aurait cette critique. Il faut en effet avec l’auteur considérer que la pratique de l’amour sinon l’amour lui-même, a considérablement évolué dans les sociétés occidentales depuis un siècle. Il en reste pourtant plus que des traces dont l’actualité nous entretien chaque jour. Ainsi en est-il des violences faites aux femmes au nom précisément de l’amour dont on ne dira jamais assez qu’il a bon dos. Mais que la relation sexuelle et conjugale ne soit plus celle qui dominait au temps de Freud nul d’en disconviendra. La virginité loin d’être une valeur suprême comme elle l’était par le passé, est devenue une sorte de honte pour les adolescentes d’aujourd’hui. Et la fidélité a laissé en partie la place aux speed datings et au caractère inéluctable de la brièveté des amours, de l’évanescence du désir et de la fuite en avant dans un consumérisme que la psychanalyse semble encourager ou du moins semble considérer comme allant de soi. La psychanalyse fille d’un libéralisme assumé autant sexuel que consumériste ? L’époque où la bourgeoisie partageait la société entre la mère vouée à s’occuper de la famille et à incarner respectabilité et frigidité l’un allant de pair avec l’autre, et le mari vivant ses amours avec une maîtresse, si elle n’a pas disparu bien entendu, ne fait quand même pas autant recette que par le passé. Au moins ceux qui s’y livrent ne s’en font gloire que de façon exceptionnelle. Aussi, le psychanalyste, est-il confronté à une souffrance qui ne s’exprime pas de la même manière qu’autrefois. L’amour fait souffrir comme cela fut le cas depuis toujours, mais cette souffrance ne se couvre pas des mêmes oripeaux, car les voies en impasse où le sujet est invité socialement à s’engager ne sont pas les mêmes que par le passé. Et c’est bien là ou Recalcati touche juste. Je le rejoins aussi lorsqu’il souligne à quel point l’amour ne saurait être que dépossession. On ne peut faire autre chose que de se risquer dans l’amour, qu’on ne saurait jurer une fidélité dans un amour éternel qu’en vendant à l’autre, soi-disant aimé, un serment de pacotille. Oui, le psychanalyste doit se débrouiller différemment avec des outils toujours actuels et d’autres qu’il faut inventer sans céder à quelque idéologie que ce soit, ni celle d’un libéralisme triomphant ni celle d’un catholicisme moralisateur. Voilà, c’est dit LLV Quand le 10 mars 2018, de 15h à 19h Où L’Université Sigmund Freud – Rovšnikova 2, Ljubljana, bâtiment administratif, 2ème étage, grande salle. Organisé par l’Association Slovène de la Psychanalyse Lacanienne en collaboration avec l’Université Sigmund Freud à Ljubljana Jacques Lacan a dit que, dans une psychanalyse, on ne fait rien d’autre que de parler d’amour, car parler d’amour est déjà jouissance. C’est pour cette raison que la psychanalyse place l’amour au cœur de la subjectivité autant que dans celui du processus analytique, où se déploie à travers le transfert, l’amour de l’analysant pour le savoir sur son symptôme. L’amour est toujours réciproque » Aimer c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » L’amour s’adresse à celui pour lequel le sujet suppose le savoir sur sa vérité » Que signifient ces affirmations de Lacan? De quelle manière l’orientation lacanienne se confronte-t-elle à l’objet cause de désir ainsi qu’au traumatisme de l’amour? Quelles sont les façons d’aimer des hommes et des femmes selon les formules de la sexuation de Lacan? En quoi consiste la différence entre l’amour au temps de Freud et celui au temps de Lacan et comment la psychanalyse appréhende -t-elle les changements actuels des rapports entre les hommes et les femmes? Que peut-on dire de l’amour dans la névrose obsessionnelle et dans la névrose hystérique? Pourquoi Lacan considère-t-il que les rapports amoureux seront de plus en plus difficiles dans le futur et quels sont, de ce fait, les nouveaux défis pour la psychanalyse? Donc, que peut nous dire, au 21ème siècle siècle, l’orientation lacanienne à propos de la clinique de l’amour? Ce sont ces interrogations incluent dans le séminaire, guident en prenant appui sur les définitions de l’amour, sur le maniement des cures et la présentation des cas cliniques, aux questions relatives à l’amour, au désir et à la jouissance. Ces questions concernent tout un chacun, et dans leur étude, elles exigent autant que l’indique le titre du Séminaire XX Encore »! Le programme 14h45 – 15h Accueil des participants 15h – 16h15 Dr. Nina Krajnik – L’amour dans la psychanalyse lacanienne 16h30 – 17h Dr. Milan Balažič – Les labyrinthes de l’amour dans l’hystérie et dans la névrose obsessionnelle Pause 17h20 – 18h40 Dr. Boris Brezovac – Le transfert au delà de l’amour 18h40 – 19h Présentation du programme d’étude de la psychanalyse lacanienne au sein de l’Université Sigmund Freud à Ljubljana Les modalités d’inscription Tarif 90 EUR Avec une inscription avant le 7 mars 2018 45 EUR étudiants, retraités et chômeurs 20 EUR Paiement par virement à SI56610000012723255 Delavska hranilnica Demandes d’inscription info Informations complémentaires au 070 621 729 L’hainamoration, une structure moebienne de l’amour et de la haine? Je vais vous entretenir ce soir d’un effet d’après-coup provoqué par un commentaire d’une collègue lors de la première séance du séminaire sur le thème de l’année à Metz, intitulé Entre l’Autre et l’identification il y a la haine [1]». Pour introduire la question de la haine, j’avais travaillé l’identification, identification primordiale, et l’avais articulée à la phase du miroir dont a parlé Lacan. Mon point de départ était d’ouvrir un questionnement sur ce que peut être un autre pour le sujet. Pour ce faire j’ai pris à un certain moment appui sur cette affirmation de Freud, confirmée par Lacan, et que personne n’a, à ma connaissance, jamais remis en question, à savoir que la haine était première, quelle était le premier sentiment. Cette collègue m’a fait remarquer que tout ce que j’avais avancé contredisait l’antériorité de la haine sur l’amour. Il m’est finalement apparu que cela était somme toute parfaitement logique si on soutient qu’il n’y a qu’une seule pulsion et non pas une opposition entre les deux pulsions de vie et de mort. En effet, si on n’oppose pas la pulsion de vie à la pulsion de mort, est-il possible d’opposer l’amour à la haine? La proposition faite d’une forme de continuité entre pulsion de vie et pulsion de mort comme une structure moebienne ne peut-elle être pensée pour l’amour et la haine? Cela me semble fondamental, car avancer qu’il n’y a qu’une seule pulsion, va modifier sensiblement l’abord théorique et donc pratique ou clinique de la haine. C’est ce que je vais tenter de développer. Pour Freud, il est clair que l’amour et la haine sont en continuité directe avec la pulsion de vie et la pulsion de mort. En effet, Freud écrit dans une note ajoutée en 1923 au texte sur le petit Hans Son opposition de la pulsion de destruction ou pulsion de mort aux pulsions libidinales vient à s’exprimer dans la polarité bien connue de l’aimer et le haïr [2]». Il énonce là, clairement, que l’amour et la haine sont l’expression, la manifestation des pulsions de vie et de mort, et que leur opposition relève de la même structure. Je n’ai trouvé qu’une seule occurrence, où Freud admet une possible remise en question de l’opposition des pulsions, c’est dans Le moi et le ça » où il parle de la transformation de la haine en amour ou de l’amour en haine Si cette transformation est plus qu’une simple succession temporelle, donc un relais [3] ou une résolution , alors évidemment le sol vient à manquer pour une différenciation aussi fondamentale que celle entre pulsions érotiques et de mort, qui présuppose des processus physiologiques aux cours opposés [4]».Ainsi, remettre en cause la haine comme premier sentiment, avant l’amour, apparaît comme une conséquence logique de l’affirmation qu’il n’y a qu’une seule pulsion. Or, dans le texte Psychologie collective et analyse du moi » Freud écrit La psychanalyse voit dans l’identification » la première manifestation d’un attachement affectif à une autre personne [5]». Cela me conduit à tenter de montrer que dans ce mécanisme de l’identification rien ne permet de prouver que la haine est antérieure à l’amour. Il s’agit donc de l’identification primordiale ou comme Freud la nomme dans Deuil et mélancolie [6]» identification narcissique. Pour ce faire, revenons rapidement sur le processus de l’identification qui est le lieu du passage de la pulsion au sentiment et celui où se forme le moi. Cet extrait de Pulsions et destins des pulsions » est de ce point de vue bien éclairant Qu’une pulsion haïsse » un objet, voilà qui paraît bien déconcertant pour nous, si bien que nous en venons à découvrir que les appellations amour et haine ne sont pas utilisables pour les relations des pulsions à leurs objets, mais sont réservés à la relation du moi-total aux objets [7] ». Pour Freud, d’une part l’objet de la pulsion n’est pas celui du moi, et d’autre part il ne peut y avoir de sentiment que dans l’après-coup de la formation du moi, ici il précise du moi-total. Pour continuer à aller vite, la question du moi-total est liée au troisième temps de la pulsion, au nouveau sujet dont Lacan dit que ce n’est pas un nouveau sujet, mais qu’il est nouveau de voir apparaître un sujet [8] ». Pour résumer un peu ceci, disons que l’identification primordiale, qui correspond à la phase du miroir chez Lacan, est ce moment où se forme le moi pour Freud et où le sujet se transforme pour Lacan [9]. C’est là qu’apparaît le premier sentiment décrit comme ambivalent et ce que je préfère plutôt décrire comme encore’ indifférencié. En effet, Freud dit L’identification est d’ailleurs ambivalente dès le début[10]» ce qu’il amène de la façon suivante Elle se comporte comme un produit de la première phase, de la phase orale de l’organisation de la libido, de la phase pendant laquelle on s’incorporait l’objet désiré et apprécié en le mangeant, c’est-à-dire en le supprimant [11]». Il apparaît là que l’amour et la haine sont, et ceci depuis l’origine, intrinsèquement liés, voire même indissociables aimer c’est aussi détruire. Il est ainsi difficile de soutenir que l’amour n’est pas du côté de la pulsion de mort. C’est pourquoi je préfère dire que le sentiment est encore’ indifférencié. Je propose de nommer ce premier sentiment indifférencié » hainamoration, suivant là cette trouvaille de Lacan en 1973 lors du séminaire Encore ». Je ne souhaite pas utiliser le terme d’ambivalence, crée par Bleuler pour deux raisons la première est qu’ambivalence renvoie à deux opposées, voire des contraires, ce qui n’est pas congruent avec l’hypothèse de la structure moebienne. La seconde est que l’utilisation de ce terme dans l’histoire de la psychanalyse, est venue désigner essentiellement la haine, j’y reviendrai plus tard. Parler d’hainamoration permet justement de faire apparaître une continuité entre la haine et l’amour, qui ne se résume pas à une opposition. C’est ce que dit Lacan dans le séminaire XXII » ce que j’ai énoncé comme vérité première, à savoir que l’amour est hainamoration » [12]». D’une certaine façon, cette thèse est soutenue par Freud lui-même quand il écrit Cette forme, ce stade préliminaire de l’amour peut à peine se différencier de la haine dans son comportement à l’égard de l’objet. Ce n’est qu’avec l’instauration de l’organisation génitale que l’amour est devenu l’opposé de la haine [13] ». On peut remarquer que Freud parle ici de forme. Mais de quoi s’agit-il dans cette affaire d’organisation génitale? Il s’agit des identifications secondaires, par exemple au père ou à la mère, dans le cas du choix de genre. Lacan parle ici de normalisation libidinale » confère Le stade du miroir » . C’est la continuation de la formation du moi, l’accumulation des couches identificatoires, toute la vie durant, qui s’effectue sous la contrainte de la détermination sociale. C’est là que l’environnement signifiant, l’entourage, va pousser le sujet à décider,à choisir ce qu’il peut introjecter, c’est-à-dire à considérer comme moi et non-moi, comme dedans et dehors, comme ce à quoi il peut s’identifier ou pas, et comme finalement ce qui lui est ou ce qui lui devient étranger. Ainsi, ce à quoi il peut s’identifier, s’y reconnaître sera aimé; et ce à quoi il ne le peut pas sera haï, et cela ne peut se faire qu’après l’identification primordiale ou narcissique. Il apparaît ainsi que la question de l’aimer et du haïr est intrinsèquement liée à celle de l’identification non pas primordiale, mais de l’identification secondaire, qui est déterminée par un choix du sujet. Ce n’est que dans un second temps que l’hainamoration peut commencer à se différencier en amour et en haine. En effet, en reprenant le stade du miroir, on perçoit que l’enfant a de lui-même une image semblable à celle qu’il a des autres corps hors de lui un corps parmi les autres; une image de semblable qui vient des autres. Le moi se forme ainsi comme image de l’autre, ceci correspond à ce que Freud appelait le narcissisme primaire. Le narcissisme primaire définit ainsi un être tout au dehors, d’emblée livré à l’autre, et assujetti à l’événement. C’est absolument narcissique, et c’est ce que montre la phase du miroir. Le moi se forme à l’extérieur, et non pas par un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur, par une projection, mais précisément l’inverse le moi est d’emblée extéroceptif ou il n’est pas ».[14]En effet, c’est l’autre qui fait fonction de miroir. Ainsi, le stade du miroir est aussi le paradigme, par lequel l’observateur nomme dans cette révélation ce qui s’est accompli autrement la naissance du moi. Cette nomination où l’observateur énonce c’est toi » est la matrice symbolique où le je se précipite en une forme primordiale, avant qu’il ne s’objective dans la dialectique de l’identification à l’autre [15] ». C’est cette nomination qui masque l’aspect purement imaginaire du moi derrière le symbolique. En effet, Freud a employé indifféremment les expressions idéal du moi » et moi idéal ». Il ne les a pas différenciées, bien qu’il ait repéré qu’il y avait bien deux notions différentes. Lacan, en amenant imaginaire, symbolique et réel permet cette différenciation. Le moi idéal en est l’aspect imaginaire, le narcissisme, l’imago; alors que l’idéal du moi en est l’aspect symbolique, donc articulé au signifiant. Ainsi, lorsque l’enfant se reconnaît dans le miroir, il a alors une image de son corps distincte des sensations internes de sa motricité. Il est pris entre la fascination primordiale par son semblable, vision captatrice de la gestalt » du corps de l’autre comme miroir et ses perceptions non visuelles de son corps, là non unifié, dépendant en sa prématurité. Il se produit alors un écart entre l’image, image de l’Autre, du semblable, extéroceptive à laquelle il s’identifie et la représentation de la perception intéroceptive qu’il a de lui-même. Pour le dire autrement, il y a un écart entre l’image et la représentation, entre l’imaginaire et le symbolique qui représente le réel de son corps , c’est-à-dire entre le moi idéal et l’idéal du moi. L’identification est finalement cette opération qui articule l’imaginaire au symbolique, lors de laquelle le moi se forme dans cet alliage de deux consistances, l’une pleine, l’imaginaire et l’autre trouée, le symbolique, ce qui crée un écart, ces deux consistances ne pouvant pas se recouvrir. Cet écart est d’une certaine façon à l’origine de la haine, qui apparaît ici comme une haine du symbolique. Lacan dans le séminaire D’un Autre à l’autre » reprend la question de l’identification, où il se réfère à sa Remarque sur le rapport de Daniel Lagache » dans laquelle il traite des questions de l’identification, du narcissisme et de la formation du moi. Il note une contradiction nette » chez Freud à propos de la libido d’objet et de la libido du ça, dont il dit Ceci nous introduit à reposer toute la question de ce qu’il en est de l’identification [16] ». Il y explique qu’il y a une béance entre vouloir être l’Un dans la champ de l’Autre et l’idéalisation, ce qui confronte le sujet avec les problèmes narcissiques[17]. Il résume ceci dans cette formule c’est de l’impossibilité de faire rentrer sur le plan imaginaire cet objet petit a en conjonction avec l’imagenarcissique[18] ». Je pense aller là dans le sens de ce que Radjou nous a dit lors du dernier séminaire. Ainsi, si on peut penser l’identification en terme d’écart entre imaginaire et symbolique, la question du dedans et du dehors, autrement dit du moi et du non-moi c’est-à-dire du moi et de l’autre, peut s’articuler autrement. C’est-à-dire en termes d’imaginaire et de symbolique et aussi de réel. Pour développer ce point, il y a lieu de reprendre l’amour et la haine dans leurs rapports avec réel, symbolique et imaginaire. Alors, si le premier sentiment est bien l’hainamoration, qu’est-ce qui va venir différencier l’amour de la haine au point où ces sentiments peuvent apparaître comme des opposés? Lors de l’identification le moi se reconnaît comme identique à soi-même », que l’on peut écrire soi m’aime », c’est-à-dire identifier le moi imaginaire à l’idéal du moi symbolique , s’incorporer comme dirait Freud et ainsi se constituer comme moi. Le moi s’intériorise et de ce fait se trouve être symbolisé, est nommé comme moi. S’il ne lui semble pas être identique à soi-même », il est un objet, un autre, un soi-m’aime-pas soi-même-pas », un soit-haï », il reste au dehors, à l’extérieur. Ainsi, il apparaît que l’amour se situe à l’articulation de l’imaginaire et du symbolique. Alors logiquement la haine devrait se situer à l’articulation de l’imaginaire et du réel, ce que nous montrerons tout à l’heure. L’amour et la haine de ce point de vue ne sont pas des opposés, mais au contraire apparaissent comme deux pôles de l’imaginaire entre le réel d’un côté et le symbolique de l’autre. Lacan amène cela dès le séminaire I sur le moi, où entre le réel et le symbolique, se trouve la troisième passion de l’être l’ignorance[19]. Il y aurait lieu d’évoquer, ici, une structure borroméenne, ce que je n’ai pas suffisamment travaillé, et ce serait trop long pour ce soir. Les mécanismes à l’œuvre pour déterminer si on a affaire à l’amour ou la haine sont le plaisir et le déplaisir. Si la vision, la perception de l’objet identificatoire provoque du plaisir, il sera aimé, et, comme lors de la phase orale il sera incorporé et détruit. Si cette vision suscite du déplaisir l’objet sera haï, reconnu comme autre c’est-à-dire comme non-moi ou pas reconnu comme moi, extérieur. Il servira par la haine qui le vise à la conservation du moi. Rappelons simplement que la haine a pour fonction la conservation du moi, cela est manifeste quand Freud met en place la deuxième topique, il substitue la pulsion de vie et la pulsion de mort aux pulsions sexuelles et aux pulsions de conservation du moi. Cela est encore un argument contredisant l’opposition stricte entre pulsion de vie et pulsion de mort et montrant que la haine n’est pas que destruction. Ainsi, c’est le plaisir ou le déplaisir qui vont orienter et donc mettre en place cette différenciation de l’hainamoration entre ses deux pôles d’amour et de haine. Ce qui est cause de plaisir sera aimé et reconnu comme constitutif du moi, sera idéalisé et tout à fait conscient, entièrement dialectisé, significantisé, avec une consistance à la fois imaginaire et symbolique. Alors que ce qui est haï appartient au monde extérieur, n’est pas reconnu comme partie du moi et va connaître le destin de ce qui est cause de déplaisir. C’est dire que cet objet haï est objet de jouissance. En effet, on peut avancer que le déplaisir, dont se soutient Freud tout au long de sa découverte de la psychanalyse et dont il tire la pulsion de mort, correspond globalement à ce que Lacan a nommé jouissance. Ainsi, ce qui est cause de déplaisir, haï est de ce fait objet de la jouissance pour être plus précis est cause de plus-de-jouir, de perte de jouissance qui réclame alors plus de jouissance, plus de jouissance de la haine . La jouissance est à situer dans le réel. C’est-à-dire qu’elle n’est pas soumise à la logique du signifiant, n’est pas subjectivée et donc pas consciente. Dans ce registre du réel la haine est pure jouissance. Ce qui apparaît alors est ceci la haine se forme dans l’imaginaire suivant la phase du miroir à partir de ce premier sentiment d’hainamoration. Ce qui lui donne une consistance imaginaire, qui est précisément la forme sous laquelle elle apparaît au sujet. Dans ce même temps, elle devient un réel, en tant que jouissance, de façon à ce que le sujet ne puisse uniquement l’appréhender qu’en tant qu’élément imaginaire. Cela a pour conséquence importante concernant la clinique de la haine que cet aspect imaginaire peut s’enflammer sans qu’une limite symbolique puisse agir[20]. C’est exactement ce que l’on peut observer actuellement dans le discours public, où domine cet aspect purement imaginaire, et où la réalité se dissout dans l’imaginaire et permet toutes les exagérations tant dans le mensonge pudiquement nommé fake-news que dans les thèses complotistes et les ambiances de lynchage que l’on trouve dans le discours public, et ceci autant dans les réseaux sociaux que dans les discours des hommes et femmes politiques, même ceux qui soutiennent des positions modérées. Aujourd’hui plus personne ne peut tenir un discours politique qui ne fait pas d’une façon ou d’une autre allusion à l’immigration, aux étrangers, c’est-à-dire pour le moins référence à la haine. Tous les meurtres de masses et génocides ont été préparés par de tels discours. Ainsi, cet imaginaire de la haine vient masquer ce qu’il en est de la haine en tant que réel. Comme illustration, prenons l’exemple de ces discours ce qu’ils viennent dire, c’est que ces étrangers, ces autres ne sont pas humains, ce sont des parasites, des cloportes, des choses, de façon à les désidentifier d’une figure à laquelle on puisse s’identifier, un semblable. Cette désubjectivation est en fait une dé-métaphorisation qui projette ces autres dans le réel comme chose, comme ding ». Rappelons que l’identification est un mécanisme qui allie l’imaginaire au symbolique. Donc, la question se pose de comment introduire du symbolique dans la haine? Robert Lévy a apporté un outil très important avec ce qu’il a appelé l’identification idéale collective », comme étant une possibilité de métaphorisation, c’est-à-dire de symbolisation du réel. Ainsi, nous avons affaire à ce qui concerne la nature de réel de la haine en tant que jouissance, c’est-à-dire la difficulté à la reconnaître, en particulier à la reconnaître comme partie intégrante et constitutive du moi. C’est une des plus grandes difficultés et résistances lors des cures pour un sujet d’arriver à se reconnaître dans sa jouissance. N’est-ce pas là le troisième pied de la passion, celle dont Lacan dit qu’elle est majeure, la passion de l’ignorance? Celle qui se caractérise par l’absence d’imaginaire. Celle qui permet de ne pas se connaître, équivalent à ne pas se reconnaître dans l’Autre. Dans cette logique qui consiste, en partant de l’idée qu’il n’y a qu’une seule pulsion et non deux pulsions qui s’opposent, à aboutir à une structure moebienne des pulsions et par conséquent à cette même structure moebienne de l’amour et de la haine, nous en sommes arrivés à réduire ce qui semblait toujours apparaître comme des oppositions, à ce qui sont des formes de continuité régies par la logique moebienne. Lacan définit d’une façon intéressante cette affaire dans le séminaire XVIII D’un discours qui ne serait pas du semblant » Le discours du Maître n’est pas l’envers de la psychanalyse, il est où se démontre la torsion propre, dirais-je, du discours de la psychanalyse ce qui fait que ce discours fait poser la question d’un endroit et d’un envers, puisque vous savez l’importance de l’accent qui est mis dans la théorie, dès son émission par Freud, l’importance de l’accent qui est mis sur la double inscription. Or ce qu’il s’agissait de vous faire toucher du doigt, c’est la possibilité d’une inscription double à l’endroit, à l’enverssans qu’ait à être franchi un la structure dès longtemps bien connue dont je n’ai eu qu’à faire usage dite de la bande de Moebius [21]». Cette citation, un peu longue, met en évidence deux éléments concernant mon propos. Tout d’abord, ce qui n’est autre que ce que j’ai avancé aujourd’hui, à savoir la structure moebienne proprement dite où l’endroit et l’envers, comme le dedans et le dehors et par conséquent le moi et l’autre ne sont pas des opposés mais ce que j’ai appelé une forme de continuité dans le sens où ils ne sont pas séparés par un bord, une forme de continuité sans franchissement. Et le second concerne cette torsion moebienne dont Lacan dit qu’elle est le propre du discours analytique. Si cette structure moebienne est le propre du discours de la psychanalyse, ce que j’ai tenté de montrer ici, comment penser ce que Freud a toujours soutenu, à savoir l’opposition des pulsions, comme de l’aimer et du haïr? De la même façon, Freud a construit toute sa théorie à partir d’une logique d’oppositions; cela dès Les études sur l’hystérie » en 1895, où il met en place le conflit psychique. Tout d’abord par l’opposition entre conscient et inconscient à partir du refoulement. Nous y trouvons le refoulé et le non-refoulé qui répond à ce processus binaire du plaisir/déplaisir. Mais ça ne marche pas, il remarque qu’il y a du plaisir dans le déplaisir. Pour en rendre compte, il lui est nécessaire de recourir à la perversion. Il invoque le masochisme, qu’il étend à toute la vie psychique, avec cette question où il s’agit de savoir si le masochisme est primaire ou si c’est le sadisme qui se retourne sur le moi, thèse qu’il retiendra dans un premier temps. Ce n’est qu’en découvrant la pulsion de mort qu’il soutiendra que le masochisme est primaire et que le retournement du sadisme sur le moi est une forme secondaire du masochisme. Sadisme et masochisme s’opposent, tout en n’étant pas ni complètement différent, ni symétrique l’un de l’autre. Cela ne va pas sans rappeler la question de la primauté de la même, pour comprendre la question de la pulsion, il lui faut aussi une opposition entre deux pulsions ou groupes de pulsions tout d’abord celle entre les pulsions libidinales et les pulsions du moi ou de conservation du moi; puis entre celles de vie et de mort. Mais lorsque Freud invente la pulsion de mort dans Au delà du principe de plaisir », il insiste particulièrement sur le fait qu’une chose et son contraire sont les mêmes du point de vue de l’inconscient; ainsi, les opposés ne sont pas antinomiques mais ont plutôt un rapport en miroir au sens où Lacan l’amène dans le stade du miroir; ce qui introduit donc à la structure moebienne. Or, pour conceptualiser l’inconscient, ce que Lacan appellerait le discours de la psychanalyse, Freud est toujours amené à décrire des structures triangulaires inconscient, préconscient et conscient, le complexe d’Oedipe, le moi, le ça et le surmoi. Ceci, à mon sens, est pour rendre compte de la structure langagière de l’inconscient, c’est-à-dire ordonnée par le signifiant et la métaphore. Lacan, quant à lui n’a jamais eu besoin de recourir à ce type d’opposition, au contraire, il s’est plutôt employé à en montrer la dissymétrie. Pourquoi Lacan n’a pas eu recours à cette logique binaire d’opposition qui est finalement la plus commune mais qui n’est pas celle ressortissant à l’inconscient? Je pense que, probablement, c’est parce qu’il ouvre cette question d’opposition à une autre dimension qui est celle de la division du sujet, qui elle ne peut pas être réduite à une simple opposition. La division subjective n’est pas une symétrie dans le sens de l’opposition de contraires, mais plutôt un hiatus irrémédiable entre au moins deux positions du sujet s’exerçant dans des champs différents. En effet, très vite, Lacan va développer la question de la division du sujet, qui sera noté $, introduit pour la première fois dans le graphe lors du séminaire Les formations de l’inconscient » en 1957. Pour lui, il ne s’agit pas d’un conflit intra-psychique ou de deux pulsions contraires, mais de l’effet du signifiant sur un sujet dès l’entrée dans le langage. Lacan n’a pas besoin de métaphoriser ou de mythifier? cette division par la mise en évidence des oppositions. Il va de soi que cela se produit et que les apparents contraires ressortissent à des occurrences différentes du signifiant. Si Freud ne peut se passer du concept de deux pulsions opposées et son corollaire de l’opposition de la haine et de l’amour, où la haine serait antérieure à l’amour, c’est, me semble-t-il, par une théorisation insuffisante de la question du clivage et donc de la division subjective. Pourtant, dès Les études sur l’hystérie » il met en évidence le clivage. C’est une question qu’il ne va commencer à approfondir qu’à la toute fin de sa théorisation avec ce texte qu’il n’a pas eu le temps d’achever sur le clivage du moi[22]. En effet, tenter d’articuler les manifestations de la division subjective avec la question du moi ne peut pas se faire autrement qu’en mettant en place des oppositions comme le dedans et le dehors, le moi et l’autre etc. Ce n’est qu’en intégrant pleinement le fait que la division s’effectue au niveau du langage, c’est-à-dire en deçà du sujet, qu’elle pré-existe au sujet tout en le déterminant, que l’on peut se passer d’en rendre compte, voire de la métaphoriser sous la forme d’une opposition comme celle des pulsions ou du dedans et du dehors. Pour illustrer ceci, prenons un exemple extrêmement simple en clinique, quand un sujet énonce une contradiction ou une opposition interne à son psychisme, je ne me pose pas la question en terme d’opposition ou de contradiction qu’il s’agirait de faire reconnaître comme telle au sujet, mais en terme de division du sujet en regard du signifiant, afin qu’au décours de la cure le sujet puisse se reconnaître comme divisé. Par exemple, quand un sujet s’interroge pour décider d’aller dans le sens de son désir, pour autant qu’il puisse en savoir quelque chose, ou d’aller vers une norme sociale, c’est-à-dire d’obéir à une injonction du surmoi qui peut lui apparaître comme venant de l’Autre, je ne pense pas ce qu’il se passe en tant que conflit, semblant se produire entre le moi et l’Autre, dont la résolution a pu être théorisée par un renforcement du moi, mais en tant que choix du sujet. C’est ce qu’en disent nos patients J’ai à faire un choix », on est ainsi au plus près du dire du sujet. Ceci est une évolution de la théorie et de la pratique analytiques consécutive à ce que Lacan a transmis quant à cette question de la division subjective. Lacan n’a jamais évoqué la structure moebienne de l’amour et de la haine, sauf une seule fois dans L’étourdit ». Je ne pense pas que Lacan, dans l’ensemble de ses écrits et séminaires ait pu contredire cette thèse de la structure moebienne de l’amour et la haine. Il y met toutefois deux réserves le lien avec l’ambivalence d’une part, et d’autre part ce fait que l’amour et la haine ont deux supports différents. J’ai déjà abordé la relation à l’ambivalence que je vais approfondir. Il a donc écrit dans L’étourdit » que L’amour-haine, c’est ce dont un psychanalyste même non lacanien ne reconnaît à juste titre que l’ambivalence, soit la face unique de la bande de Moebius, – avec cette conséquence, liée au comique qui lui est propre, que dans sa vie » de groupe, il n’en dénomme jamais que la haine [23]». Il note là deux problèmes ne pas différencier l’amour de la haine, ce qui me semble fondamental à faire, et la confusion déjà évoquée, où pudiquement l’emploi dans ce sens du terme d’ambivalence désigne la haine qui transparait dans l’amour, comme si elle ne lui était pas consubstantielle. C’est ce qu’il dit dans le séminaire Encore » quand il introduit cette notion nouvelle de l’hainamoration Si l’hainamoration, justement, elle la psychanalyse avait su l’appeler d’un autre terme que de celui, bâtard, de l’ambivalence, peut-être aurait-elle mieux réussi à réveiller le contexte de l’époque où elle s’insère [24]». Il l’énonçait déjà explicitement à propos du transfert en 1968 ambivalence pour user du mot dont la bonne éducation psychanalytique désigne la haine [25]». Or, dans le transfert, en particulier dans le transfert négatif, c’est d’une véritable haine dont il s’agit. D’ailleurs, cette haine n’est pas l’apanage de l’analysant. Ce que montre bien Luis Eduardo Prado De Oliveira dans son livre La haine en psychanalyse [26] ». On peut ainsi aller jusqu’à poser la question de savoir si la pratique de certains analystes, et non des moindres, avec certains de leurs analysants, n’a pas été de développer l’hainamoration de transfert du côté de la haine. Je pense à Freud qui a pris sur son divan sa propre fille Anna, à Lacan qui a eu des relations sexuelles avec son analysante Catherine Millot et à la relation de Donald Winnicott avec son analysant Masud Khan. Peut être ces analystes étaient-ils suffisamment forts ou suffisamment bons? pour s’arranger avec leur jouissance, mais leurs analysants? A l’évidence le concept d’ambivalence ne convient pas pour ces exemples extrêmes, contrairement à celui d’hainamoration. Quant à la question de différencier l’amour de la haine, cela sera ce qui conclura mon propos de ce soir. Voici le point où j’en suis, pour l’instant, dans ma conception de l’hainamoration, de l’amour et de la haine. Au commencement était un seul sentiment l’hainamoration, produit par ce qui est la première relation à l’objet l’identification, identification primordiale. Cette première relation est au départ image, c’est-à-dire sans représentation, c’est l’image de l’autre telle que la voit tout nouveau-né, comme tout animal qui peut voir ou reconnaître sa mère devant sa première perception visuelle. Chez le petit d’homme, soumis au langage, il lui faut une représentation, c’est-à-dire subjectiver cette image. C’est l’identification primordiale qui s’effectue dans les trois registres imaginaire, symbolique et réel. Cette identification a comme premier effet de produire ce premier sentiment d’hainamoration qui se décline aussi dans les trois registres. Dans l’imaginaire nous trouverons le moi[27], dans le symbolique avec l’idéal du moi cela sera l’amour et dans le réel la haine et sa jouissance. Alors, il me semble que de vouloir combattre la haine est se tromper d’objet, la haine n’est pas un problème, quelque chose qu’il faudrait éradiquer, que ce soit dans le monde social ou, et c’est là que nous avons quelque chose à en dire, dans le transfert. Ce qui fait problème, comme l’indique finalement très justement le thème de cette année, c’est l’au-delà de la haine, c’est la jouissance qui peut se manifester comme dans les exemples célèbres plus tôt évoqués, par un passage à l’acte. Ce n’est pas la haine qui passe à l’acte mais la jouissance. Philippe Woloszko. Paris, le 5 décembre 2018. [1]Le texte de cet exposé est consultable sur le site d’analyse freudienne. [2]S. Freud. Analyse de la phobie d’un garçon de cinq ans. IX. P123. [3]Paul-Laurent Hassoun, dans La haine la jouissance et la loi. sous la dir. de Hassoun et M. Zafiropoulos. Psychanalyse et pratiques sociales. Anthropos. 1995. Il remarque que le mot allemand, ici traduit par relais » et qu’il traduit par résolution, est Ablösung, qui note-t-il contient à la fois l’idée de dissolution » Lösung, d’ amortissement » d’une hypothèque! et de transmission par laquelle quelqu’un vient à assumer l’activité de quelqu’un d’autre tout cela est contenu dans le passage » de l’amour à la haine. [4]S. Freud. Le moi et le ça. XVI. P286. [5]Freud. Psychologie collective et analyse du moi. In Essais de psychanalyse. Petite Bibliothèque Payot. Paris. 1968. P 126. [6] L’identification narcissique est la plus originelle ». Deuil et mélancolie. XIII. P271. [7]S. Freud. Pulsions et destins de pulsions. T XIII. 1988. P184. [8]J. Lacan. Séminaire XI. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Version Valas. P281. [9]Lacan parle de transformation du sujet lorsqu’il s’assume comme image, dans Le stade du miroir. [10]Psychologie collective et analyse du moi. Op. Cit. P127. [11]Ibid. [12]J. Lacan. Séminaire XXII. Version Valas. P 188. [13]S. Freud. Pulsions et destins de pulsions. Op. Cité. P 184-5. [14]Philippe Julien. Pour lire Jacques Lacan. Le retour à Freud. 1990. P45. [15]Il y suffit de comprendre le stade du miroir comme une identification au sens plein que l’analyse donne à ce terme à savoir la transformation produite chez le sujet, quand il assume une image imago. .. la matrice symbolique où le je se précipite en une forme primordiale, avant qu’il ne s’objective dans la dialectique de l’identification à l’autre et que le langage ne lui restitue dans l’universel sa fonction de sujet. Cette forme serait plutôt au reste à désigner comme je-idéal Ideal Ich de Freud si nous voulions la faire rentrer dans un registre connu, en ce sens qu’elle sera aussi la souche des identifications secondaires, dont nous reconnaissons sous ce terme les fonctions de normalisation libidinale. J. Lacan. Le stade du miroir. Dans Écrits. P94. [16]J. Lacan. Séminaire XVI. D’un Autre à l’autre. Version [17]Ibid. [18]Ibid. P 338. [19] Séminaire I. Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse. Version Valas. P 742. Ainsi se créent à la jonction du symbolique et de l’imaginaire la passion ou la cassure, si vous voulez, ou la ligne d’arête qui s’appelle l’amour, à la jonction de l’imaginaire et du réel, celle qui s’appelle la haine, et à la jonction du réel et du symbolique, celle qui s’appelle l’ignorance ». [20]En fait, cette inflation imaginaire repose sur la logique du plus-de-jouir qui cherchant à récupérer de la jouissance ne fait qu’augmenter la perte de jouissance et induit un mécanisme entropique avec de plus en plus de jouissance pour compenser cette perte qui ne fait que s’amplifier. [21]J. Lacan. Séminaire XVIII. D’un discours qui ne serait pas du semblant. Version Valas. P4. [22] S. Freud. Le clivage du moi et les mécanismes de défense. [23] L’ÉTOURDIT. In pas tout Lacan. Texte du 14 juillet 1972. P1438. [24]J. Lacan; Séminaire XX. Version Valas. P192. [25]J. Lacan. Introduction de Silicet au titre de la revue de l’école freudienne de Paris. In Pas tout Lacan. P1182. Janvier 1968. [26]Luis Eduardo Prado De Oliveira. La haine en psychanalyse. Liber. Montréal. 2018. [27]N’est-ce pas le moi dans sa fonction de méconnaissance? Alors, on pourrait dire que dans l’imaginaire on y trouve l’ignorance. Cela permet de penser l’hainamoration comme amour et haine et ignorance. Cela pourra être une autre discussion. Si l’amour rend aveugle comme on dit, il en est de même pour la haine, cette cécité n’est-elle pas plutôt de l’ignorance? SHARE IT Interview de Jacques-Alain Miller, propos recueillis par Hanna Waar Psychologies Magazine , octobre 2008, n° 278 Donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas, cette définition éblouissante fait sciller les yeux de qui regarde l’amour en face, lequel comme la mort ou le soleil risque de les lui griller. La psychanalyse parle bien de l’amour. Laissons-nous charmer par la musique que sait en tirer ici Jacques-Alain Miller. Parlez-moi d’amour dit la chanson, mon cœur n’est jamais las de l’entendre. C’est que les mots pour en parler nous mettent le cœur en fête et défaite, et que plus ça chavire et pire c’est mieux. Une chose reste sûre dans cette affaire c’est que l’amour se moque des protocoles. Philippe Grauer Jacques – Alain Miller Beaucoup, car c’est une expérience dont le ressort est l’amour. Il s’agit de cet amour automatique, et le plus souvent inconscient, que l’analysant porte à l’analyste et qui s’appelle le transfert. C’est un amour factice, mais il est de la même étoffe que l’amour vrai. Il met au jour sa mécanique l’amour s’adresse à celui dont vous pensez qu’il connaît votre vérité vraie. Mais l’amour permet d’imaginer que cette vérité sera aimable, agréable, alors qu’elle est en fait bien difficile à supporter. Hanna Waar Alors, c’est quoi aimer vraiment ? J-A Miller Aimer vraiment quelqu’un, c’est croire qu’en l’aimant, on accédera à une vérité sur soi. On aime celui ou celle qui recèle la réponse, ou une réponse, à notre question Qui suis-je ? » Hanna Waar Pourquoi certains savent-ils aimer et d’autres pas ? J-A Miller Certains savent provoquer l’amour chez l’autre, les serial lovers, si je puis dire, hommes et femmes. Ils savent sur quels boutons appuyer pour se faire aimer. Mais eux n’aiment pas nécessairement, ils jouent plutôt au chat et à la souris avec leurs proies. Pour aimer, il faut avouer son manque, et reconnaître que l’on a besoin de l’autre, qu’il vous manque. Ceux qui croient être complets touts seuls, ou veulent l’être, ne savent pas aimer. Et parfois, ils le constatent douloureusement. Ils manipulent, tirent des ficelles, mais ne connaissent de l’amour ni le risque, ni les délices. Hanna Waar Être complet tout seul » seul un homme peut croire ça… J-A Miller Bien vu ! Aimer, disait Lacan, c’est donner ce qu’on n’a pas. ». Ce qui veut dire aimer, c’est reconnaître son manque et le donner à l’autre, le placer dans l’autre. Ce n’est pas donner ce que l’on possède, des biens, des cadeaux, c’est donner quelque chose que l’on ne possède pas, qui va au-delà de soi-même. Pour ça, il faut assurer son manque, sa castration », comme disait Freud. Et cela, c’est essentiellement féminin. On n’aime vraiment qu’à partir d’une position féminine. Aimer féminise. C’est pourquoi l’amour est toujours un peu comique chez un homme. Mais s’il se laisse intimider par le ridicule, c’est qu’en réalité, il n’est pas assuré de sa virilité. Hanna Waar Aimer serait plus difficile pour les hommes ? J-A Miller Oh oui ! Même un homme amoureux a des retours d’orgueil, des sursauts d’agressivité contre l’objet de son amour, parce que cet amour le met dans la position d’incomplétude, de dépendance. C’est pourquoi il peut désirer des femmes qu’il n’aime pas, afin de retrouver la position virile qu’il met en suspens lorsqu’il aime. Ce principe, Freud l’a appelé le ravalement de la vie amoureuse » chez l’homme la scission de l’amour et du désir sexuel. Hanna Waar Et chez les femmes ? J-A Miller C’est moins habituel. Dans le cas le plus fréquent, il y a dédoublement du partenaire masculin. D’un côté, il est l’amant qui les fait jouir et qu’elles désirent, mais il est aussi l’homme de l’amour, qui est féminisé, foncièrement châtré. Seulement, ce n’est pas l’anatomie qui commande il y a des femmes qui adoptent une position masculine. Il y en a même de plus en plus. Un homme pour l’amour, à la maison ; et des hommes pour la jouissance, rencontrés sur Internet, dans la rue, dans le train… Hanna Waar Pourquoi de plus en plus » J-A Miller Les stéréotypes socioculturels de la féminité et de la virilité sont en pleine mutation. Les hommes sont invités à accueillir leurs émotions, à aimer, à se féminiser ; les femmes, elles, connaissent au contraire un certain pousse-à-l’homme » au nom de l’égalité juridique, elles sont conduites à répéter moi aussi ». Dans le même temps, les homosexuels revendiquent les droits et les symboles des hétéros, comme le mariage et la filiation. D’où une grande instabilité des rôles, une fluidité généralisée du théâtre de l’amour, qui constraste avec la fixité de jadis. L’amour devient liquide », constate le sociologue Zygmunt Bauman 1. Chacun est amené à inventer son style de vie » à soi, et à assumer son mode de jouir et d’aimer. Les scénarios traditionnels tombent en lente désuétude. La pression sociale pour s’y conformer n’a pas disparu, mais elle baisse. Hanna Waar L’amour est toujours réciproque » disait Lacan. Est-ce encore vrai dans le contexte actuel ? Qu’est-ce que ça signifie ? J-A Miller On répète cette phrase sans la comprendre, ou en la comprenant de travers. Cela ne veut pas dire qu’il suffit d’aimer quelqu’un pour qu’il vous aime. Ce serait absurde. Cela veut dire Si je t’aime, c’est que tu es aimable. C’est moi qui aime, mais toi, tu es aussi dans le coup, puisqu’il y a en toi quelque chose qui me fait t’aimer. C’est réciproque parce qu’il y a un va-et-vient l’amour que j’ai pour toi est l’effet en retour de la cause d’amour que tu es pour moi. Donc, tu n’y es pas pour rien. Mon amour pour toi n’est pas seulement mon affaire, mais aussi la tienne. Mon amour dit quelque chose de toi que peut-être toi-même ne connais pas. » Cela n’assure pas du tout qu’à l’amour de l’un répondra l’amour de l’autre ça, quand ça se produit, c’est toujours de l’ordre du miracle, ce n’est pas calculable à l’avance. Hanna Waar On ne trouve pas son chacun, sa chacune par hasard. Pourquoi lui ? Pourquoi elle ? J-A Miller Il y a ce que Freud a appelé Liebesbedingung, la condition d’amour, la cause du désir. C’est un trait particulier – ou un ensemble de traits – qui a chez quelqu’un une fonction déterminante dans le choix amoureux. Cela échappe totalement aux neurosciences, parce que c’est propre à chacun, ça tient à son histoire singulière et intime. Des traits parfois infimes sont en jeu. Freud, par exemple, avait repéré comme cause du désir chez l’un de ses patients un éclat de lumière sur le nez d’une femme ! Hanna Waar On a du mal à croire à un amour fondé sur ces broutilles ! J-A Miller La réalité de l’inconscient dépasse la fiction. Vous n’avez pas idée de tout ce qui est fondé, dans la vie humaine, et spécialement dans l’amour, sur des bagatelles, des têtes d’épingle, des divins détails ». Il est vrai que c’est surtout chez le mâle que l’on trouve de telles causes du désir, qui sont comme des fétiches dont la présence est indispensable pour déclencher le processus amoureux. Des particularités menues, qui rappellent le père, la mère, le frère, la sœur, tel personnage de l’enfance, jouent aussi leur rôle dans le choix amoureux des femmes. Mais la forme féminine de l’amour est plus volontiers érotomaniaque que fétichiste elles veulent être aimées, et l’intérêt, l’amour qu’on leur manifeste, ou qu’elles supposent chez l’autre, est souvent une condition sine qua non pour déclencher leur amour, ou au moins leur consentement. Le phénomène est la base de la drague masculine. Hanna Waar Vous ne donnez aucun rôle aux fantasmes ? J-A Miller Chez les femmes, qu’ils soient conscients ou inconscients, ils sont déterminants pour la position de jouissance plus que pour le choix amoureux. Et c’est l’inverse pour les hommes. Par exemple, il arrive qu’une femme ne puisse obtenir la jouissance – disons, l’orgasme – qu’à la condition de s’imaginer, durant l’acte lui-même, être battue, violée, ou être une autre femme, ou encore être ailleurs, absente. Hanna Waar Et le fantasme masculin ? J-A Miller Il est très en évidence dans le coup de foudre. L’exemple classique, commenté par Lacan, c’est, dans le roman de Goethe 2, la soudaine passion du jeune Werther pour Charlotte, au moment où il la voit pour la première fois, nourrissant la marmaille qui l’entoure. C’est ici la qualité maternante de la femme qui déclenche l’amour. Autre exemple, tiré de ma pratique, celui-là un patron quiquagénaire reçoit les candidates à un poste de secrétaire une jeune femme de 20 ans se présente ; il lui déclare aussitôt sa flamme. Il se demande ce qui lui a pris, entre en analyse. Là, il découvre le déclencheur il avait retrouvé en elle des traits qui lui évoquaient ce qu’il était lui-même à 20 ans, quand il s’était présenté à sa première embauche. Il était, en quelque sorte, tombé amoureux de lui-même. On retrouve dans ces deux exemples les deux versants distingués par Freud on aime ou bien la personne qui protège, ici la mère, ou bien une image narcissique de soi-même. Hanna Waar On a l’impression d’être des marionnettes ! J-A Miller Non, entre tel homme et telle femme, rien n’est écrit d’avance, il n’y a pas de boussole, pas de rapport préétabli. Leur rencontre n’est pas programmée comme celle du spermatozoïde et de l’ovule ; rien à voir non plus avec les gènes. Les hommes et les femmes parlent, ils vivent dans un monde de discours, c’est cela qui est déterminant. Les modalités de l’amour sont ultrasensibles à la culture ambiante. Chaque civilisation se distingue par la façon dont elle structure le rapport des sexes. Or, il se trouve qu’en Occident, dans nos sociétés à la fois libérales, marchandes et juridiques, le multiple » est en passe de détrôner le un ». Le modèle idéal de grand amour de toute la vie » cède peu à peu du terrain devant le speed dating, le speed loving et toute floraison de scénarios amoureux alternatifs, successifs, voire simultanés. Hanna Waar Et l’amour dans la durée ? dans l’éternité ? J-A Miller Balzac disait Toute passion qui ne se croit pas éternelle est hideuse 3. » Mais le lien peut-il se maintenir pour la vie dans le registre de la passion ? Plus un homme se consacre à une seule femme, plus elle tend à prendre pour lui une signification maternelle d’autant plus sublime et intouchable que plus aimée. Ce sont les homosexuels mariés qui développent le mieux ce culte de la femme Aragon chante son amour pour Elsa ; dès qu’elle meurt, bonjour les garçons ! Et quand une femme se cramponne à un seul homme, elle le châtre. Donc, le chemin est étroit. Le meilleur chemin de l’amour conjugal, c’est l’amitié, disait en substance Aristote. Hanna Waar Le problème, c’est que les hommes disent ne pas comprendre ce que veulent les femmes ; et les femmes, ce que les hommes attendent d’elles… J-A Miller Oui. Ce qui objecte à la solution aristotélicienne, c’est que le dialogue d’un sexe à l’autre est impossible, soupirait Lacan. Les amoureux sont en fait condamnés à apprendre indéfiniment la langue de l’autre, en tâtonnant, en cherchant les clés, toujours révocables. L’amour, c’est un labyrinthe de malentendus dont la sortie n’existe pas. Propos recueillis par H. W. 1 Zygmunt Bauman, L’amour liquide, de la fragilité des liens entre les hommes, Hachette Littératures, Pluriel », 2 Goethe, Les souffrances du jeune Werther, LGF, le livre de poche », 3 Honoré de Balzac, La comédie humaine, vol. VI, Études de mœurs scènes de la vie parisienne, Gallimard,

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